Aranei-Orbis 

Les Animaux en poésie

L'Âne


Florilège poétique par Le Grimaud



 
Prière pour aller au paradis avec les ânes
Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, fait
Que ce soit par un jour où la campagne en fête
Poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
Choisir un chemin pour aller comme il me plaira,
Au paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton, et sur la grande route
J'irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
Car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Bieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
Pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille,
Chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…
Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes
Que J'aime tant parce qu'elles baissent la tête
Doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds
D'une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles,
Suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
De ceux traînant des voitures de saltimbanques
Ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
De ceux qui ont au dos des bidons bossués,
Des ânessespleines comme des outres, aux pas cassés,
De ceux à qui l'on met de petits pantalons
À cause des plaies bleues et suitantes que font
Les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
Vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
Et faites que, penché dans ce séjour des âmes
Sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
Qui mireront leur humble et douce pauvreté
À la limpidité de l'amour éternel.
Francis Jammes, Le Deuil des Primevères, 1901 
 
J'aime l'âne

J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles;

et il porte les pauvres
et des sacs remplis d'orge.

Il va, près des fossés,
d'un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
parce qu'il est poète.

Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux cœur,
tu n'as pas sa douceur:

car il est devant Dieu
l'âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l'étable,
résigné, misérable,

ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.

Il a fait son devoir
du matin jusqu'au soir.

Qu'as-tu fait jeune fille?
Tu as tiré l'aiguille...

Mais l'âne s'est blessé :
la mouche l'a piqué.

Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.

Qu'as-tu mangé, petite?
- T'as mangé des cerises .

l'âne n'a pas eu d'orge,
car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l'ombre...

La corde de ton cœur
n'a pas cette douceur.

Il est l'âne si doux
marchant le long des houx.

J'ai le cœur ulcéré :
ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme

est sur les grands chemins,
comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?

Je doute qu'il réponde :
il marchera dans l'ombre,

crevé par la douleur,
sur le chemin en fleurs.

Francis Jammes,
De l'angélus de l'aube à l'angélus du soir,
1898 

Aranei-Orbis a consacré un article aux baudets du Poitou.

Aranei-Orbis Poésie - Florilège de Le Grimaud


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Mise à jour 2002-04-27